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La descente aux enfers

 

Tous les économistes sérieux (ceux qui ne sont pas distingués) savent qu’au-delà de 80% de dette, en pourcentage du Produit Intérieur Brut, l’économie d’un Etat n’est plus gérable. Les marges de manœuvre ont disparu. Ou vous réduisez les dépenses de l’Etat (solutions italiennes et espagnoles, entre autres), et la croissance disparaît. Le déficit public reste, au mieux, dans les mêmes eaux. Ou vous augmentez les impôts (cherchez des exemples ?) et, (n’en déplaise à certains) c’est une excellente manière de tuer la croissance, avec les mêmes effets sur le déficit public. Quant à la dette elle aurait plutôt tendance à augmenter, dans les deux cas.

 

Les choses pourraient aller ainsi mais les épargnants, qui ont investi leurs économies dans les prêts aux Etats, aux banques, aux entreprises, commencent à s’inquiéter. Leurs créances seront-elles remboursées ? Comme, pour couvrir les intérêts de la dette, les débiteurs ont besoin d’emprunter, les épargnants essaient de couvrir les risques et font monter les taux d’intérêt. Ce qui alourdit encore les charges de la dette pour un cercle vicieux et une situation de plus en plus critique.

 

La solution imaginée par nos dirigeants, au prix de grands efforts d’imagination, est de faire courir de poche en poche le furet de la dette pour essayer de la concentrer dans des poches de plus en plus grandes, avec des noms prestigieux, tenter de rassurer les épargnants et éviter l’ascension des taux d’intérêt. Au sommet l’argent nécessaire sera émis en monnaie de singe.

 

Depuis deux longues années, les sommets européens se succèdent, pour le bonheur des médias, mais, comme on sait, pour le plus grand malheur des peuples. Un bébé, à peine sevré, comprendrait qu’un jour, peut-être proche, la défiance des épargnants s’étendra aux grandes institutions nouvellement créées avec les mêmes conséquences.

 

Ainsi faute de comprendre les vrais problèmes et après divers combats contre des moulins à vent (financiers, patrons, riches) nos dirigeants sont condamnés et nous condamnent à une croissance nulle ou négative, pendant cinq à dix ans, avec des conséquences dramatiques pour l’emploi.

 

Pourquoi cinq à dix ans ? il va falloir ce temps pour que les pays émergents, sous la pression de leurs peuples, voient, chez eux, les salaires monter aux niveaux des pays occidentaux, les productivités s’égaliser et des équilibres reparaître.

 

L’histoire économique des deux derniers siècles peut se résumer à une série de cycles qui touchent les peuples à mesure qu’ils sont rattrapés par la science, la technologie et l’industrie. Dans une première phase les salaires sont inférieurs à la productivité, ce qui booste la croissance et crée abondance de richesses. Puis, celles-ci sont redistribuées, les salaires montent et un régime d’équilibre est atteint lorsque le taux d’accroissement des salaires est égal à celui de la productivité.

 

Chaque fois on parle de miracle. Il y eut ainsi le miracle britannique, le miracle allemand, le miracle japonais, le petit miracle français (les trente glorieuses) et, depuis peu les miracles chinois, indiens, sud-coréens…. A l’inverse, dans certains pays, le taux d’accroissement des salaires dépasse celui de la productivité. Cela signifie que la croissance y est morte.

 

Ainsi, en l’absence de mesures structurelles (je dirai plus tard lesquelles), comme  ce semble être le cas, l’Europe se traînera misérablement dans les bas-fonds avec des conséquences sociales redoutables (notamment un chômage entre 10 et 20% et une jeune génération sacrifiée).

 

Et ceci est le meilleur des cas. Une variante pire est possible. La France est le plus faible des grands pays européens. C’est le domino. Si elle basculait elle entraînerait avec elle au moins les pays latins. Et le gouvernement qu’elle s’est donnée, négationniste des réalités, oublieux de la terrible histoire du socialo-communisme soviétique, avec pourtant des résultats effarants et connus de tous. Si la Pologne réussit c’est parce qu’elle s’en souvient.

 

Basculer cela veut dire une situation de désespérance telle que les peuples se révoltent, que la paix civile n’est plus assurée et que les manifestations grecques, italiennes ou espagnoles apparaîtront comme folkloriques.

 

Je suis assez âgé pour espérer ne pas voir cela mais j’ai peur pour nos enfants. 

 

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